Huit devis sur le même projet, huit structures différentes. L’un a rempli ta DPGF en Excel à la ligne près, l’autre a renvoyé un PDF maison de trente pages où le poste 5.3.4 a tout simplement disparu, un troisième a glissé une variante moins chère qui rabote la prestation sans le dire franchement. C’est ça, le dépouillement réel en phase ACT : pas le cadre juridique propre, mais la matérialité brute de fichiers qui ne se parlent pas.

Le cadre, lui, est net. L’architecte assiste le maître d’ouvrage dans le dépouillement, procède à l’analyse comparative, établit son rapport et propose la liste des entreprises à retenir (décret du 29 novembre 1993). Entre ce texte et l’écran, il y a six à douze DPGF de quarante pages, des montants HT et TTC mélangés, et plusieurs heures qui partent dans la mise en forme avant même que le jugement commence.

C’est précisément cette première moitié, l’extraction et la structuration, que l’IA conversationnelle fait fondre. Pas le jugement métier : la recommandation reste ton acte de conseil, on y revient. Mais le calage des tableaux, l’alignement des offres, la rédaction du squelette de rapport, là, tu récupères des heures, à condition de travailler dans le bon ordre, sur les bons documents, avec les bonnes garanties de confidentialité. Voici comment je m’y prends, du jour moins un au rapport signé.

Caler la grille avant que les offres arrivent

Le réflexe perdant, c’est de commencer une fois les offres reçues : la grille se déforme à chaque devis ouvert, tu reviens en arrière, tu réorganises, tu perds le fil. L’inverse marche beaucoup mieux. Tu construis la trame à partir de ton DCE (CCTP et DPGF) avant la première réception : une ligne par poste, des colonnes vides par entreprise. Une heure posée en amont qui en fait gagner trois ensuite. L’IA génère ce gabarit directement à partir de ta DPGF.

À partir de la DPGF jointe, produis une grille d'analyse comparative vide, prête à remplir.

Contexte :
- Projet : [type, surface, lots concernés]
- Nombre d'entreprises consultées : [6, 8, 10...]
- Type de marché : [privé / public]
- Critères d'attribution : [prix / valeur technique / délais / pondération]

Produis :
1. Grille principale (table Markdown)
   Colonnes : Lot / N° poste / Désignation / Unité / Quantité /
   [colonne par entreprise] / Écart au moindre / Écart à la médiane
   Une ligne par poste de la DPGF, dans l'ordre des lots, numérotation CCTP exacte.
2. Grille de synthèse par lot : total HT par entreprise et par lot, total général,
   rang de chaque entreprise, écart au moins-disant.
3. Grille d'évaluation technique (si critères techniques) : une ligne par sous-critère
   (mémoire technique, références, équipe, planning), note /10 par entreprise, justification courte.

Contraintes :
- Reprends exactement la nomenclature de la DPGF
- Laisse les cases vides pour le remplissage manuel
- Format compatible export Excel
- Pas de prix dans cette grille, uniquement la structure.

Trier les offres avant de les comparer

Les entreprises rendent au format imposé, en théorie. En pratique, certaines reprennent ta trame, d’autres improvisent une version Word ou un PDF à leur propre structure. Avant de plonger dans les chiffres, accorde cinq minutes à un tri formel, offre par offre : acte d’engagement signé, DPGF complète (aucun poste laissé vide), mémoire technique si tu l’as demandé, attestations administratives valides (URSSAF, fiscale, RC, décennale), délai d’exécution annoncé. Une offre qui rate l’un de ces points peut être déclarée irrecevable selon ton règlement de consultation. Ce tri se fait avant l’analyse, pas au milieu, sinon tu refais tout.

Vient ensuite l’extraction. Les entreprises qui ont rempli ta DPGF en Excel, copier-coller et c’est plié. Celles qui ont sorti un PDF à leur structure imposent une étape de remise en forme préalable, et c’est exactement là que l’IA gagne sa place : extraire les prix, restructurer, réaligner toutes les offres sur ta grille unique pour qu’elles deviennent enfin comparables.

Les trois lectures qui révèlent les pièges

Une fois les offres alignées sur la même grille, l’analyse comparative commence, et l’ordre des lectures n’est pas négociable.

D’abord, les écarts globaux. Total HT par entreprise, écart au moins-disant en pourcentage, écart à la médiane. Une offre 30% au-dessus est probablement chère, ou plus complète. Une offre 30% en dessous est probablement une erreur de chiffrage, ou un dumping qui annonce ses avenants en chantier.

Ensuite, les écarts ligne par ligne. Les postes où les prix s’écartent le plus d’une entreprise à l’autre trahissent souvent une incompréhension du DCE. Tu repères ces zones, tu vérifies que ton CCTP était clair, tu prépares les questions de mise au point.

Enfin, les omissions et les variantes. Le piège le plus dangereux, et celui que l’IA aide vraiment à débusquer. Une entreprise n’a pas chiffré le poste 5.3.4 (oubli pur, intégration ailleurs, ou prestation qu’elle estime non due). Une autre a glissé une variante non identifiée, moins chère en apparence mais qui rabote la prestation. Ces écarts-là faussent toute la comparaison tant qu’ils restent invisibles.

Le rapport au MOA, ta production contractuelle

Tableau renseigné, trois lectures faites, tu passes au rapport d’analyse. C’est ta production contractuelle de la phase ACT, à valeur juridique : le MOA signe ses marchés sur cette base, et un candidat évincé pourra le contester. Autant dire que le contenu reste à toi de bout en bout. Ce que l’IA accélère, c’est la mise en forme à partir de tes notes de dépouillement.

À partir des éléments fournis, produis le rapport d'analyse des offres pour le MOA.

Documents : tableau comparatif renseigné, mes notes de dépouillement,
variantes signalées par chaque entreprise, règlement de consultation (critères, pondérations).

Structure :
1. Préambule (projet, entreprises consultées et ayant remis, méthodologie, outils)
2. Recevabilité formelle (tableau des pièces, offres irrecevables le cas échéant)
3. Analyse économique par lot (synthèse HT, écarts, omissions et doubles-emplois, variantes)
4. Analyse de la valeur technique si applicable (notation par sous-critère, synthèse argumentée)
5. Propositions de mise au point (questions par lot, variantes à discuter avec le MOA)
6. Recommandation (notation finale selon le règlement, classement par lot,
   recommandation argumentée ; le MOA reste seul décideur)

Contraintes :
- Ton factuel, neutre, juridiquement prudent
- Aucune appréciation négative directe (« cette offre est trop chère »), formuler en écart constaté
- Ne pas affirmer qu'une entreprise « est meilleure », utiliser « obtient la meilleure note
  selon les critères pondérés »
- Format Word ou Markdown, prêt à l'export
- Reprendre exactement les chiffres de la DPGF, sans arrondir.

Moins-disant n’est pas mieux-disant, et c’est tout ton conseil

Cette distinction porte l’essentiel de ta valeur. L’offre moins-disante affiche le prix le plus bas, indépendamment de la qualité : un repère mathématique, pas un jugement. L’offre mieux-disante présente le meilleur rapport prix, valeur technique et délais selon les critères du règlement de consultation, et c’est elle que tu recommandes. Le MOA particulier croit presque toujours qu’il faut prendre le moins cher. Ton rapport est là pour l’éclairer : derrière une offre moins-disante se cachent souvent des prestations omises, une entreprise qui se rattrapera par avenants, une qualité en dessous. Argumenter le mieux-disant au-delà du prix le plus bas, voilà précisément ce que personne d’autre ne fera à ta place, et sûrement pas un modèle de langage.

L’IA t’aide à voir les écarts. Le jugement reste ton métier.

À éviter Charger des prix d'entreprises identifiées dans une version grand public : tes prompts peuvent servir à entraîner les modèles. Utilise ChatGPT Team/Enterprise ou Claude avec garanties contractuelles, ou anonymise (Entreprise A, B, C) avant l'upload. Et ne demande jamais à l'IA de trancher : la recommandation est ta signature, jamais déléguée à l'outil.

La frontière que l’IA ne franchit pas

L’IA n’attribue pas le marché, point. Le rapport que tu rends est ton document, ta responsabilité : quelle que soit l’aide reçue pour le mettre en forme, tu signes et tu engages ta mission de conseil. La recommandation finale, l’entreprise à retenir, est toujours formulée par toi, jamais déléguée à l’outil. Cette frontière protège deux choses à la fois : ton rôle, et la liberté de décision du MOA, qui reste seul à choisir.

Le gain arrive au deuxième dossier Honnête retour de terrain : la première fois, tu auras l'impression de ne pas gagner grand-chose, parce que le temps part dans le calage de la grille et des prompts. C'est normal. À partir du deuxième dossier, le bénéfice devient flagrant. Et un facteur pèse plus que l'IA elle-même : la qualité du CCTP en amont. Plus ton CCTP et ta DPGF sont alignés, plus le dépouillement file vite.

Par où commencer dès ta prochaine ACT

Prends la prochaine phase ACT qui dépasse cinq offres et déroule la méthode complète : grille construite avant réception, tri formel à l’arrivée, dépouillement en trois lectures, rapport appuyé sur l’IA pour la seule mise en forme. Les questions de mise au point que tu auras identifiées alimentent directement la finalisation des marchés, et des offres retenues claires facilitent ensuite la coordination de chantier. Chaque maillon tient le suivant.

Pour aller plus loin

Voir aussi le compte-rendu de chantier en 30 minutes, vérifier les bons pour paiement et le pilier IA pour l’architecte. Pour cadrer ces usages, un audit IA ou une formation IA.

Sources

  • Décret du 29 novembre 1993 (mission de l’architecte en phase ACT, assistance au MOA)
  • Code de la commande publique (critères d’attribution, offre économiquement la plus avantageuse), pour les marchés publics
  • service-public.fr (recevabilité des offres, attestations administratives URSSAF et fiscales)

Rédigé par IA, validé par humain. Aucun éditeur cité ne nous rémunère.

Questions fréquentes

L'IA peut-elle choisir l'entreprise à retenir ?
Non, et c'est une frontière à ne jamais franchir. Le rapport d'analyse est ta production contractuelle de la phase ACT, à valeur juridique : c'est sur lui que le MOA signe ses marchés et qu'un candidat évincé pourra contester. L'IA t'aide à voir les écarts et à mettre en forme ; la recommandation finale est toujours formulée par toi, et le MOA reste seul décideur.
Comment gérer la confidentialité des prix d'entreprises ?
Une analyse d'offres contient des prix identifiés, des structures de coûts, des marges potentielles. Ne charge jamais ces données dans une version grand public : utilise ChatGPT Team/Enterprise ou Claude avec garanties contractuelles, ou anonymise les noms (Entreprise A, B, C) avant l'upload. C'est non négociable.
Faut-il un outil métier comme DeviSOC ?
Le module Analyse des Offres de DeviSOC propose une comparaison automatisée intégrée à la chaîne CCTP/DPGF, pertinent pour les agences à fort volume de DCE. Pour un architecte indépendant ou des projets ponctuels, ChatGPT et Claude sont mieux positionnés sur le rapport coût/flexibilité.