“13 prises dans la cuisine à 1m20.” Cette phrase, tu la réécris cent fois par projet : par lot, par pièce, par étage. C’est l’un des actes les plus chronophages du DCE, et le moins valorisant. L’article sur le CCTP a posé le cadre général : ChatGPT seul ne fait pas un bon CCTP, les outils dédiés à base CSTB sont les vrais leviers. Ici, on descend d’un cran dans le concret : comment passer d’un plan APD ou PRO à un descriptif technique exploitable, lot par lot, sans y laisser tes soirées.
L’Ordre des architectes, dans sa formation officielle, recommande explicitement la stratégie lot par lot avec modèles types et repères métier. Ce qui suit en est l’application opérationnelle, avec la dose de précautions qu’exige un document à valeur contractuelle. Mon parti pris : la machine rédige, mais c’est ton plan annoté qui décide de tout. Donne-lui un plan flou, elle sort un descriptif flou.
Le plan annoté fait 80% du travail
Avant d’ouvrir la moindre conversation, tu travailles ton plan. C’est là que tout se joue, et c’est désormais ta seule vraie charge. Sur le lot électricité : tu localises chaque prise, interrupteur, point lumineux, sortie de câble. Tu codifies (P1, P2 pour les prises, I1, I2 pour les interrupteurs, L1, L2 pour les points lumineux), tu notes les hauteurs spéciales, tu marques les circuits dédiés (lave-linge, plaque, four).
Ce travail, tu le faisais déjà : c’est la base d’un descriptif sérieux. Ce qui change, c’est qu’il absorbe maintenant l’essentiel de ton temps utile, pendant que la rédaction normée, la mise en forme et la cohérence avec les DTU partent à la machine. Exporte une vue propre du lot (PDF ou image HD) ; si ton plan a un calque dédié, masque les autres couches pour donner à l’IA une lecture sans bruit. Un plan illisible à l’écran sera mal lu par l’IA, comme il le serait par un dessinateur.
Cadrer l’IA avant de lui demander quoi que ce soit
Sans cadre, l’IA improvise, et un descriptif improvisé est un descriptif faux. Le premier prompt n’est donc pas une demande de production : c’est une mise en place du contexte. Tu poses le projet, les contraintes, la trame. L’IA confirme qu’elle a compris, et c’est seulement ensuite que tu enchaînes sur la génération.
Je vais te demander de m'aider à rédiger les descriptifs lot par lot pour un DCE.
Avant tout, voici le cadre.
Projet : rénovation complète appartement haussmannien, 95 m², 4 pièces,
Bordeaux centre, copropriété 1880. Phase PRO, DCE en cours. MOA particulier occupant.
Contraintes structurantes : bâti ancien (murs porteurs pierre calcaire, planchers bois,
moulures à conserver), pas d'ABF, RT existant (rénovation par éléments),
budget [montant], délai [mois].
Trame attendue pour chaque descriptif de lot :
1. Généralités (normes applicables, conditions générales)
2. Travaux préparatoires (dépose, protection)
3. Prestations principales par pièce ou par poste
4. Prestations accessoires (raccordements, finitions, essais)
5. Pièces et plans contractuels associés
6. Conditions de réception
Mes attentes pour tous les descriptifs :
- Cite uniquement les DTU et normes que tu connais avec certitude ; en cas de doute, signale-le
- Prescriptions claires, pas de « finition soignée » ou « matériau de qualité »
- Ton normé, factuel, sans embellissement
- Respecte la trame ci-dessus pour chaque lot.
Confirme que le cadre est compris, je t'envoie ensuite le premier lot avec son plan.
Cette mise en place vaut pour tous les lots : tu ne la refais pas à chaque conversation, tu la conserves dans ton projet client dédié (un Projet ChatGPT ou un Projet Claude, justement pensés pour ça).
Générer un lot, plan à l’appui
Le cadre posé, tu passes au concret. Pour chaque lot, tu uploades le plan annoté et tu donnes des consignes précises. Plus le plan est lisible, moins le prompt a besoin d’être long.
Voici le plan du lot électricité du projet (joint en PDF).
Lot : Électricité courants forts et courants faibles.
Codification sur le plan : P = prises 16A standard ; PD = prises dédiées (LL, LV, plaque,
four, sèche-linge) ; I = interrupteurs simple allumage ; V = va-et-vient ; L = points
lumineux plafonniers ; A = appliques ; RJ = prises RJ45 ; TV = prises TV.
Spécifications : prises à 0,30 m, interrupteurs à 1,10 m (hauteurs spécifiques notées
sur plan) ; tableau électrique à remplacer entièrement, position entrée d'appartement ;
mise en conformité complète NF C 15-100 dernière version ; pré-câblage VDI (RJ45) dans
chaque pièce ; pas de domotique ; éclairage salle de bain selon volumes 1/2/3.
Prestations à inclure : dépose complète de l'existant, pose nouveau tableau, distribution
sous fourreaux ICTA, pose prises/interrupteurs/points lumineux selon plan, mise à la terre
générale, essais et certificat Consuel en fin de chantier.
Génère le descriptif complet selon la trame définie. Reprends la codification du plan
dans ton descriptif pour faciliter la lecture croisée plan/CCTP.
En moins de deux minutes, l’IA produit un descriptif structuré : généralités citant la NF C 15-100 et le Consuel, travaux préparatoires (dépose, protection des moulures lors des saignées), pose du tableau (différentiels 30 mA, réserve de 30% de modules, repérage par étiquette gravée), distribution par pièce (cuisine : prises P5 à P8 à 1,15 m, prise dédiée plaque 32A, four 20A, lave-vaisselle 20A, point lumineux L3 commandé par I3), essais et réception (Consuel à la charge de l’entreprise, mise sous tension contradictoire en présence du MOE). C’est une base à 80%, jamais le livrable final : il manque les prescriptions propres au bâti ancien et les marques éventuellement imposées. Ce delta de 20%, personne ne le rédige à ta place.
Les trois contrôles que tu ne délègues pas
C’est ici, et pas avant, que commence le travail d’expert. La machine a posé le squelette ; toi, tu signes. Trois vérifications systématiques, dans cet ordre.
Vérifier chaque norme citée. L’IA peut halluciner des références. Sur l’électricité, le risque est moyen (la NF C 15-100 est stable et bien apprise), mais sur des lots rares (fluides médicaux, acoustique ERP) la vigilance doit être maximale. Pour chaque DTU ou norme, vérifie l’existence et la version sur le CSTB ou Légifrance.
Ajouter le spécifique projet. L’IA produit du standard ; toi, tu connais le bâti ancien, le syndic, le MOA. Sur l’haussmannien : préservation des moulures, passage des fourreaux dans les corniches, points d’attention sur les planchers bois pour les saignées. C’est là qu’est ta valeur.
Croiser avec la DPGF. Le piège classique du DCE généré : un CCTP qui ne colle pas à la DPGF. Vérifie que chaque article numéroté du CCTP correspond à une ligne précise de la DPGF, mêmes intitulés, même numérotation. Avec AGLO ou DeviSOC, la synchro est automatique ; sinon, à la main. Étape non négociable : un écart fait perdre du temps à l’analyse de devis et génère des litiges en chantier.
Un bon descriptif ne sort pas de l’IA. Il sort d’un plan annoté, donné à l’IA, validé par l’archi.
Où s’arrête le plan + prompt (et où l’outil métier reprend)
Soyons clairs sur le périmètre. La méthode suppose ChatGPT Plus, Claude Pro ou équivalent (upload de fichiers). Et pour la rédaction CCTP complète avec synchro DPGF automatique, un outil métier à base CSTB (AGLO, DeviSOC, ATTIC+) reste plus efficace que ChatGPT seul. Le plan + prompt trouve donc sa place dans deux cas précis : les projets résidentiels où l’investissement dans un outil dédié ne se justifie pas, et le complément ponctuel d’un outil métier pour les cas que la base CSTB ne couvre pas.
Reste l’essentiel, celui qui ne migrera jamais vers la machine : la lecture du bâti, l’arbitrage technique, la prescription engageante. L’IA met en forme un savoir que tu lui dictes ; elle ne conçoit pas le descriptif à ta place, et elle n’engage pas sa signature au DCE. C’est toi.
Par où commencer dès ton prochain DCE
Ne bascule pas tout d’un coup. Sur ton prochain dossier, choisis un seul lot que tu connais par cœur (peinture, électricité, menuiseries) et déroule la méthode complète sur lui. Tu jugeras le gain sur pièce, descriptif en main, avant de l’étendre aux autres lots. Un quantitatif solide en amont et un CCTP cohérent rendent ensuite toute la chaîne plus fluide jusqu’au chantier.
Pour aller plus loin
Voir aussi le CCTP par IA qui pose le cadre général, le quantitatif et le métré, l’analyse comparative des offres et le pilier IA pour l’architecte. Pour cadrer ces usages, un audit IA ou une formation IA.
Sources
- Ordre des architectes, formation officielle (stratégie de rédaction lot par lot)
- NF C 15-100 (installations électriques basse tension), NF C 14-100 (raccordement)
- CSTB et Légifrance (vérification des DTU et normes citées)
Rédigé par IA, validé par humain. Aucun éditeur cité ne nous rémunère.