Un architecte n’a pas choisi ce métier pour rédiger des comptes-rendus et des courriers. Pourtant, l’administratif et la gestion documentaire grignotent une part considérable de la semaine, au détriment de la conception. C’est exactement là que l’IA est la plus utile : rendre du temps de cerveau pour le projet.
Et ce n’est pas une intuition de consultant. C’est ce que la profession déclare elle-même faire. Avant de parler d’outils, il faut regarder ce que les architectes qui utilisent déjà l’IA en font réellement, parce que le résultat est contre-intuitif par rapport au bruit ambiant sur les images génératives.
Que font réellement les architectes qui utilisent l’IA ?
Ils écrivent et ils cherchent. Ils ne conçoivent pas. Dans l’enquête CNOA-C-Ways menée en juin 2024 auprès de 2 130 architectes et publiée dans Archigraphie 2024-26, 19 % des répondants expérimentent l’IA ou collaborent avec une agence ayant investi dans cette technologie. Parmi eux, 81 % s’en servent pour de la recherche d’information en contexte professionnel et 80 % pour du rédactionnel. La génération d’image arrive derrière à 61 %, la génération d’objet 3D à 22 %, et la génération de projet à 9 %.
Retiens ce dernier chiffre, parce qu’il règle le débat par les faits : neuf pour cent. La promesse d’une IA qui dessine le projet ne s’est pas matérialisée dans les agences. Ce qui s’est matérialisé, c’est une IA qui écrit à la place de l’architecte les documents que l’architecte n’a jamais voulu écrire. L’écart entre 80 % et 9 % est le sujet réel de cet article.
Le regard de la profession sur cette technologie reste d’ailleurs partagé, et la même enquête le mesure : 48 % des architectes craignent que l’IA augmente le risque de plagiat de leurs travaux et 38 % redoutent qu’elle remplace un jour leur rôle, pendant que 48 % y voient une opportunité d’enrichissement de la profession et que 44 % estiment que la complexité croissante des projets impose d’adopter ce type de technologie. Ambivalence assumée, donc, et plutôt saine.
Hors de la profession, la mesure de l’Insee va dans le même sens, sans poser la même question : parmi les entreprises de 10 à 19 personnes qui utilisent l’IA, toutes activités de l’enquête TIC confondues, l’organisation administrative est la finalité la plus citée, par 31,0 % d’entre elles (notre lecture de l’enquête TIC 2025). L’enquête ne compte pas les entreprises de moins de 10 personnes, où se trouvent la plupart des agences.
Pourquoi l’administratif pèse plus lourd en agence qu’ailleurs
Parce que l’agence d’architecture française est minuscule, et qu’elle l’est de plus en plus. Selon les données de l’OMPL reprises dans Archigraphie, les entreprises d’architecture employeuses comptant 1 ou 2 salariés en équivalent temps plein représentaient 64,8 % du total en 2020, contre 50,7 % en 2009. Sur la même période, la tranche 3 à 5 salariés est passée de 30 % à 19,1 %, et la tranche 6 à 9 de 13,8 % à 8,5 %. Le secteur ne grossit pas, il se fragmente.
La conséquence est mécanique. Dans une structure de deux personnes, il n’y a pas d’assistante de direction, pas de service courrier, pas de secrétariat technique. Les tâches administratives ne disparaissent pas pour autant : elles atterrissent sur le bureau de celui qui dessine. Le volume de la profession est stable par ailleurs, avec plus de 29 500 architectes inscrits à l’Ordre exerçant en France en 2023 selon les Chiffres clés 2025 du ministère de la Culture, une population qui tourne autour de 30 000 actifs depuis 2010.
Cette pression a un nom et une mesure. Dans le volet risques psychosociaux de l’enquête C-Ways, 82 % des architectes sondés rapportent une forte pression de travail et des contraintes temporelles, et 78 % estiment être en situation d’insécurité économique. Viennent ensuite le manque de reconnaissance (56 %), les conflits de valeurs (48 %) et le manque de coopération (46 %). L’intensité du travail arrive donc en tête des risques déclarés par la profession, devant tout le reste. Une technologie qui promet de rendre des heures ne tombe pas dans un secteur détendu.
La part administrative de l’activité est d’ailleurs mesurée. Toujours dans Archigraphie, parmi les activités exercées au titre de l’emploi principal par les diplômés insérés dans le domaine, l’administration et la gestion sont citées par 25 % des titulaires d’une HMONP et 18 % des titulaires d’un diplôme d’État, soit près d’un quart des répondants, et l’écart entre les deux populations se creuse depuis 2021. Ceux qui exercent en leur nom propre administrent davantage. Logique, et coûteux.
L’administratif, premier terrain de jeu
Les usages les plus rentables ne sont pas spectaculaires :
- Comptes-rendus de réunion de chantier rédigés à partir de quelques notes ou d’un enregistrement, puis diffusés aux intervenants.
- Courriers et e-mails type, reformulés et adaptés en quelques secondes.
- Descriptifs et pièces écrites mis en forme à partir de tes éléments.
- Synthèse de documents volumineux : normes, rapports, dossiers de consultation.
- Tri de la veille réglementaire, pour séparer ce qui te concerne de ce qui ne te concerne pas.
Sur ces tâches, le gain est immédiat et le risque faible, à condition de relire. Point commun de toute la liste : aucune ne produit de décision. Elles mettent en forme une décision déjà prise, ou elles préparent une décision que tu prendras. C’est la ligne de partage à tenir, et elle est plus opérante que la distinction habituelle entre tâches « nobles » et tâches « ingrates ».
Le temps gagné sur l’administratif n’est pas un luxe : c’est du temps rendu à la conception, là où se trouve la valeur de l’agence.
Le compte-rendu de chantier n’est pas une corvée annexe, c’est un élément de mission
C’est le point que la plupart des articles sur le sujet ratent. Organiser les réunions de chantier et en établir les procès-verbaux n’est pas une politesse professionnelle : c’est une composante de la direction de l’exécution des travaux. L’article R2431-16 du Code de la commande publique prévoit que la direction de l’exécution des marchés de travaux a notamment pour objet de délivrer tous ordres de service, d’établir tous procès-verbaux nécessaires à l’exécution du marché, de procéder aux constats contradictoires et d’organiser et diriger les réunions de chantier.
Cette direction de l’exécution fait elle-même partie de la mission de base. Pour les opérations de construction neuve de bâtiment, l’article R2431-4 du même code énumère les sept éléments de cette mission de base : études d’esquisse, études d’avant-projet, études de projet, assistance à la passation des marchés de travaux, direction de l’exécution des marchés de travaux, assistance aux opérations de réception et pendant la garantie de parfait achèvement, et examen de la conformité au projet des études d’exécution avec leur visa.
Autrement dit : le compte-rendu que tu rédiges le soir fait partie de ce pour quoi tu es payé et de ce sur quoi tu es jugé. Ce cadre s’impose formellement aux marchés publics, mais il structure aussi la pratique privée, parce que les contrats types de la profession reprennent le même découpage. C’est pour ça que l’automatiser à moitié est une mauvaise idée, et que le relire intégralement n’est pas facultatif.
Le prompt de compte-rendu, l’usage roi
Rédige un compte-rendu de réunion de chantier à partir de mes notes : [NOTES OU TRANSCRIPTION].
Structure : présents et excusés, points abordés dans l'ordre du jour, décisions prises,
actions (qui / quoi / pour quand), points en suspens, date de la prochaine réunion.
Contraintes strictes :
- Reste factuel. N'invente aucune décision, aucun délai, aucun nom que je n'ai pas mentionnés.
- Si une action n'a pas de responsable ou pas d'échéance dans mes notes, écris « [à préciser] »
au lieu de combler.
- Ne qualifie jamais une réserve de « levée » si je n'ai pas écrit qu'elle l'était.
- Distingue ce qui a été décidé de ce qui a été évoqué.
- Ton professionnel, neutre, pas de formule commerciale.
Les deux dernières contraintes sont celles qui rapportent le plus. Un modèle de langage a une tendance naturelle à lisser : une discussion hésitante devient une décision, une hypothèse devient un engagement. Sur un document qui sert de référence entre intervenants, ce lissage est précisément le risque.
Un compte-rendu rédigé avec l’IA engage-t-il ma responsabilité ?
Oui, exactement comme s’il avait été tapé à la main, et le code de déontologie ne prévoit aucune atténuation liée à l’outil. L’article 36 du code de déontologie des architectes impose à l’architecte de fournir à son client les explications nécessaires à la compréhension et à l’appréciation des services rendus, de rendre compte de l’exécution de sa mission quand le client le demande, et de s’abstenir de toute décision qui entraînerait des dépenses imprévues ou non approuvées au préalable par le maître d’ouvrage. Un compte-rendu qui acte une décision jamais prise coche malheureusement la dernière case.
Ce texte a été rafraîchi récemment, ce qui vaut la peine d’être signalé : le décret n° 2026-568 du 26 juin 2026, publié au Journal officiel du 30 juin 2026 et entré en vigueur le 1er juillet 2026, a modernisé l’ensemble du code de déontologie issu du décret de 1980, en commençant par remplacer l’intitulé « devoirs professionnels » par « déontologie ». Si ta trame de contrat ou ta note d’honoraires cite encore les anciennes formulations, c’est le moment de la reprendre.
Dans le même registre, l’article 11 du code de déontologie impose que tout engagement professionnel de l’architecte fasse l’objet d’une convention écrite préalable définissant la nature et l’étendue des missions ainsi que les modalités de rémunération. C’est une obligation déontologique, sanctionnable disciplinairement, indépendante du droit commun des contrats. Une IA peut t’aider à produire rapidement une note de mission lisible à partir de ta trame. Elle ne peut pas décider de son contenu à ta place.
Que dit l’Ordre des architectes sur l’usage de l’IA en agence ?
Il a pris position, et récemment. Le Conseil national de l’Ordre des architectes a publié le 17 juin 2026 un article de doctrine déontologique intitulé « L’IA dans les agences, opportunité et défi déontologique », puis, le 21 juillet 2026, un rapport plus complet, « L’IA et les architectes : concilier opportunités et déontologie », qui relie le code de déontologie aux usages de l’IA et formule des recommandations sur la transparence, la responsabilité, la confidentialité, la propriété intellectuelle et le devoir de conseil.
La phrase qui résume la position tient en une ligne, et elle est citable telle quelle : selon le CNOA, « l’architecte reste pleinement responsable des productions issues de son agence, y compris celles réalisées avec l’appui d’une IA », et « en ce sens, l’IA est un outil, au même titre qu’un logiciel, pas un auteur ». Il n’y a donc aucune zone grise à espérer du côté de la responsabilité.
Le texte articule ensuite plusieurs devoirs déontologiques aux usages concrets. L’article 12 du code impose d’exercer sa mission en toute intégrité et transparence, ce dont le CNOA déduit que l’architecte « doit donc informer son client lorsque l’IA a contribué à la conception ». L’article 5 interdit d’apposer sa signature sur un projet auquel on n’a pas effectivement contribué, ce qui oblige à s’interroger sur la part réelle de conception humaine. L’article 24 vise la contrefaçon d’une œuvre architecturale. Et l’article 43 conduit à informer les salariés des conditions d’utilisation de l’IA dans l’agence, voire à conditionner cet usage à l’autorisation de l’employeur.
Une précision de lecture, parce qu’elle a son importance pour qui cite ces textes. L’article de l’Ordre du 17 juin 2026 cite l’article 12 dans la formulation « en toute intégrité et clarté ». Le code, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er juillet 2026, écrit « en toute intégrité et transparence ». Le fond ne change pas, la citation exacte si.
Que puis-je légalement coller dans ChatGPT quand je suis architecte ?
Rien qui permette d’identifier le maître d’ouvrage, l’adresse exacte du projet, les montants ou les entreprises consultées, sauf à passer par un outil engagé contractuellement sur la confidentialité. La règle n’est pas une prudence de consultant, c’est une règle déontologique : l’article 14 du code de déontologie des architectes, dans sa version en vigueur depuis le 1er juillet 2026, dispose que « l’architecte est tenu au secret dans l’exercice de son activité professionnelle » et que « tout manquement à cette obligation est fautif ». Deux phrases, aucune nuance.
Le réflexe pratique tient en trois gestes. D’abord, l’anonymisation : tu remplaces le nom du MOA par « le maître d’ouvrage », l’adresse par la commune ou par rien, les montants par des ordres de grandeur quand ils ne sont pas nécessaires au traitement. Ensuite, le choix de l’abonnement : une offre professionnelle où les échanges ne servent pas à l’entraînement, jamais une version grand public. Enfin, la traçabilité : tu notes quelque part quels documents sont passés par quel outil, parce que le jour où on te posera la question, « je ne sais plus » est une mauvaise réponse.
Côté protection des données, la CNIL a publié un corpus de ressources directement utilisable, dont des questions-réponses sur l’utilisation d’un système d’IA générative, une page dédiée à l’usage de l’IA générative dans les TPE et PME et un ensemble de fiches pratiques IA. À noter pour éviter une déception : la majeure partie de ces fiches vise le développement de systèmes d’IA plutôt que leur simple utilisation, donc l’agence y trouvera surtout des principes, pas une procédure clés en main. Le sujet est traité en détail dans notre article sur la confidentialité et le RGPD des données clients en agence d’architecture.
L’AI Act change-t-il quelque chose pour une agence d’architecture ?
Oui, depuis cet été, et surtout sur les contenus que tu diffuses. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, le règlement (UE) 2024/1689, est devenu généralement applicable le 2 août 2026 selon le calendrier publié par la Commission européenne, après une première échéance au 2 février 2025 pour les pratiques interdites et la littératie en IA, puis au 2 août 2025 pour les modèles à usage général. Les systèmes à haut risque, eux, ont vu leurs échéances reportées au 2 décembre 2027 et au 2 août 2028.
Ce qui te concerne directement est l’article 50, consacré aux obligations de transparence. Il impose que les contenus synthétiques soient marqués comme générés ou manipulés artificiellement, et il impose aux déployeurs de divulguer le caractère artificiel des images, vidéos ou sons constituant des hypertrucages. Pour le texte publié dans le but d’informer le public, l’obligation de divulgation comporte une exception importante : elle ne s’applique pas lorsque le contenu a fait l’objet d’un processus de contrôle humain ou éditorial et qu’une personne assume la responsabilité éditoriale de la publication.
Traduction pour une agence. Une note de service interne, un compte-rendu diffusé aux intervenants ou un CCTP ne sont pas du « texte publié pour informer le public » : ils ne relèvent pas de cette obligation. En revanche, un article de blog d’agence, une actualité de site ou un post de communication entrent dans le champ, et l’exception de contrôle éditorial est exactement la raison pour laquelle relire et assumer signe vaut mieux que se cacher. Sur les images d’ambiance produites en phase esquisse et montrées au client, le bon réflexe est d’indiquer leur nature générée, ce qui est de toute façon la seule position tenable vis-à-vis du maître d’ouvrage.
La veille réglementaire : là où l’IA est à la fois la plus utile et la plus dangereuse
La plus dangereuse, parce qu’un modèle de langage restitue l’état du droit tel qu’il figurait dans ses données, sans jamais te prévenir qu’il a changé. L’exemple le plus parlant en ce moment est la RE2020 : le ministère de la Transition écologique recense les textes consolidés successifs, et depuis fin 2024 ce sont trois décrets qui l’ont modifiée, le décret n° 2024-1258 du 30 décembre 2024 applicable aux permis déposés à partir du 1er janvier 2025, le décret n° 2026-16 du 15 janvier 2026 applicable à partir du 1er mai 2026 et le décret n° 2026-200 du 18 mars 2026 applicable à partir du 1er juillet 2026. Trois modifications en dix-huit mois, la dernière datant de moins de trois mois. Une IA interrogée sans source à jour te répondra avec le régime de 2021 et le fera avec aplomb.
Le fait générateur est d’ailleurs la date de dépôt du permis, pas la date d’ouverture du chantier, ce que rappelle la FAQ officielle du ministère sur le décret n° 2024-1258 en précisant qu’il n’y a pas de rétroactivité d’application. Sur ce type de point, l’écart entre une réponse plausible et une réponse juste se paie en dépôt refusé.
La plus utile, parce que la veille est un problème de tri avant d’être un problème de lecture. Tu reçois vingt sources, trois te concernent. Un assistant est bon à trier, à résumer et à te dire où regarder ; il est mauvais à te dire ce que dit le texte. La règle opérationnelle tient en une phrase : l’IA te donne la référence, tu ouvres la référence. La méthode complète est détaillée dans notre article sur la veille réglementaire et normative de l’architecte.
Même logique sur les délais d’instruction, où l’approximation circule beaucoup. L’article R*423-23 du code de l’urbanisme fixe les délais de droit commun à un mois pour les déclarations préalables, deux mois pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle ou ses annexes et pour les permis de démolir, trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les permis d’aménager. Et l’article R*423-38 impose à l’administration, quand le dossier est incomplet, d’adresser au demandeur dans le délai d’un mois à compter du dépôt une lettre recommandée indiquant « de façon exhaustive » les pièces manquantes. Le mot « exhaustive » est dans le texte : il interdit les demandes de pièces en cascade, et c’est un argument utile en instruction.
La facture électronique est déjà en vigueur, et ton agence est dedans
Ce n’est plus une échéance à préparer, c’est une obligation en cours. D’après le ministère de l’Économie, la réforme de la facturation électronique entre entreprises est entrée en vigueur le 1er septembre 2026 : depuis cette date, toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques, tandis que les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire doivent émettre l’intégralité de leurs factures au format électronique et transmettre leurs données de e-reporting. Les petites et micro-entreprises, ce qui couvre l’écrasante majorité des agences d’architecture, ont jusqu’au 1er septembre 2027 pour l’émission. Le ministère annonce plus de 10 millions d’acteurs économiques concernés.
Pour une agence de deux personnes, cela veut dire choisir une plateforme, adapter sa trame de note d’honoraires et vérifier que son logiciel de gestion suit. C’est typiquement un chantier où l’IA ne fait rien à ta place mais où elle raccourcit la phase de compréhension, en te résumant les conditions générales d’une plateforme ou en comparant deux offres sur les critères que tu lui donnes. Le détail du sujet est traité dans notre article sur les honoraires, la facturation et le format Factur-X.
En phase amont : explorer, pas décider
En conception, l’IA générative d’images peut aider à explorer rapidement des ambiances, des variantes, des intentions, utiles pour dialoguer avec un client en phase esquisse. Mais soyons clairs : ces images sont des supports d’exploration, pas des projets. Le geste architectural, la cohérence technique et les arbitrages restent humains. L’IA ouvre des portes, tu choisis lesquelles franchir.
Les chiffres cités en ouverture éclairent d’ailleurs ce point sous un angle inattendu. Si la génération de projet plafonne à 9 % chez ceux qui pratiquent l’IA, ce n’est pas par conservatisme : c’est que le livrable produit n’est pas exploitable en aval. Une image d’ambiance ne se cote pas, ne se chiffre pas et ne se dépose pas. Elle sert à parler, et c’est déjà beaucoup en phase esquisse. La méthode pour l’utiliser sans se piéger est développée dans l’esquisse augmentée par le texte et l’image.
Un repère utile pour situer l’IA dans ton équipement : d’après la même enquête d’Archigraphie, 58 % des architectes répondants utilisent des logiciels de modélisation BIM dans leur pratique. L’IA générative est donc, à ce stade, un équipement nettement moins répandu que le BIM, et le coût comme la complexité sont cités parmi les principaux freins à l’adoption de ce dernier. La bonne question n’est pas « est-ce que je suis en retard », mais « quel irritant précis est-ce que je traite en premier ».
Les limites à garder en tête
Deux points de vigilance. D’abord, la réglementation : l’IA peut orienter, mais toute information doit être vérifiée à la source, car elle peut se tromper avec aplomb, et l’exemple de la RE2020 plus haut montre à quelle vitesse une réponse devient fausse. Ensuite, les pièces techniques : elles engagent ta responsabilité, l’IA ne la partage pas. La règle est constante sur tout le site : l’IA prépare, l’humain valide.
Il faut y ajouter une limite moins souvent citée, qui est économique. Le temps de calibrage est réel. Les deux ou trois premiers comptes-rendus produits avec un assistant prennent souvent autant de temps qu’à la main, le temps de construire ta trame et de repérer les endroits où le modèle dérape. Le gain apparaît au quatrième, pas au premier. Une agence qui teste une fois et abandonne conclura sincèrement que ça ne marche pas.
Par où commencer, concrètement
Le compte-rendu de réunion est le meilleur point d’entrée : simple, fréquent, immédiatement utile, et il ne produit aucune donnée technique engageante. Une fois rodé, on étend aux courriers, puis aux descriptifs, puis à la synthèse de dossiers de consultation.
| Semaine | Ce que tu fais | Ce que tu obtiens |
|---|---|---|
| 1 | Un seul usage : le compte-rendu de chantier, avec le prompt ci-dessus, sur une réunion réelle | Une première trame, et la liste des endroits où le modèle a inventé |
| 2 | Tu corriges le prompt avec tes propres tournures et tes rubriques d’agence | Un prompt qui te ressemble, réutilisable |
| 3 | Tu étends aux courriers récurrents : relance, demande de pièces, réponse à réserve | Une bibliothèque de trois ou quatre prompts |
| 4 | Tu poses tes règles de confidentialité par écrit et tu choisis ton abonnement professionnel | Un cadre déontologique tenable au sens de l’article 14 |
Ce séquencement n’a rien d’arbitraire : il commence par le document le plus fréquent et le moins risqué, et il ne touche aux pièces engageantes qu’une fois la méthode calibrée. Les pièces écrites contractuelles, elles, relèvent d’une autre discipline, avec d’autres outils : voir la méthode complète de rédaction du CCTP avec l’IA et les notices d’avant-projet APS et APD.
Sur le choix de la formation, deux chiffres pour se situer. Dans l’enquête d’Archigraphie, les sujets les plus plébiscités par les architectes sont le développement durable (39 %), l’intervention sur l’existant (22 %) et le cadre juridique et réglementaire (15 %) ; la rubrique « logiciels, outils numériques et intelligence artificielle » ne recueille que 5 % des suffrages. L’IA n’est donc pas, à ce stade, une priorité de formation déclarée par la profession, ce qui est une information en soi quand on lit par ailleurs qu’un architecte sur cinq l’expérimente déjà : l’usage précède la montée en compétence, et c’est exactement comme ça qu’on prend de mauvaises habitudes.
Second chiffre, sur le format : 78 % des répondants privilégient des sessions courtes de 1 à 3 jours, contre 19 % pour des formats d’environ 10 jours et 3 % pour des formations longues de 100 heures. Le format court est ce que la profession demande, et c’est aussi ce qui convient à un sujet qui bouge tous les six mois.
Côté outils, l’essentiel passe par un assistant généraliste et la dictée vocale pour les CR ; pas besoin d’une usine à gaz. Le panorama complet est dans les meilleurs outils IA pour l’architecte, et la vue d’ensemble des usages métier dans le pilier IA pour l’architecte. Pour identifier les automatisations qui comptent dans ton agence, un audit IA cartographie tes tâches. Pour monter en compétence, la formation IA, et pour les autres professions, notre page métiers.
Sources
- Conseil national de l’Ordre des architectes, Archigraphie 2024-26, observatoire de la profession (enquête CNOA-C-Ways 2024 auprès de 2 130 architectes : usages de l’IA, taille des agences, activités exercées, risques psychosociaux, formation)
- Conseil national de l’Ordre des architectes, « L’IA dans les agences, opportunité et défi déontologique » du 17 juin 2026 et rapport « L’IA et les architectes : concilier opportunités et déontologie » du 21 juillet 2026 (position officielle de la profession, responsabilité, conservation des prompts)
- Insee, enquête TIC entreprises 2025, Insee Résultats, tableau 5 « Intelligence artificielle », taux recalculé dans notre étude L’IA dans les petites entreprises françaises en 2025 : 31,0 % des entreprises de 10 à 19 personnes qui utilisent l’IA s’en servent pour l’organisation administrative (l’enquête ne couvre pas les moins de 10 personnes)
- Ministère de la Culture, DEPS, Chiffres clés 2025, fiche Architecture (effectifs inscrits à l’Ordre, répartition libéraux et salariés)
- Code de la commande publique, article R2431-4 (contenu de la mission de base) et article R2431-16 (direction de l’exécution, réunions de chantier et procès-verbaux)
- Code de déontologie des architectes, article 11 (convention écrite préalable), article 14 (secret professionnel) et article 36 (devoir d’information du maître d’ouvrage), dans leur version issue du décret n° 2026-568 du 26 juin 2026
- Règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle et calendrier d’application publié par la Commission européenne (obligations de transparence de l’article 50, applicables depuis le 2 août 2026)
- CNIL, questions-réponses sur l’utilisation d’un système d’IA générative, IA générative dans les TPE et PME et fiches pratiques IA
- Ministère de la Transition écologique, textes RE2020 en version consolidée et FAQ sur le décret n° 2024-1258
- Code de l’urbanisme, article R*423-23 (délais d’instruction) et article R*423-38 (demande exhaustive de pièces manquantes)
- Ministère de l’Économie, tout savoir sur la facturation électronique pour les entreprises (échéances du 1er septembre 2026 et du 1er septembre 2027)
Rédigé par IA, validé par humain.
Relu par Thomas Braida, fondateur de Diginova.