19h, fin de mois. Ton collaborateur en est à sa troisième heure de factures fournisseurs et la pile n’a pas vraiment baissé. La saisie reste la tâche la plus chronophage du cabinet, et c’est précisément celle où l’automatisation paie le plus vite. Mais “mettre de l’IA sur la saisie” recouvre deux gestes très différents, et les confondre, c’est se planter dès la première heure.
Pose la distinction une fois pour toutes. D’un côté, l’OCR : un logiciel spécialisé qui lit une facture et en extrait le fournisseur, le HT, la TVA, la date. De l’autre, l’IA conversationnelle (ChatGPT, Claude), qui ne fait pas un bon OCR mais excelle à écrire tes règles, dérouler un cas tordu et contrôler la cohérence d’un lot d’écritures. Deux outils, deux rôles. Et un principe qui ne bouge jamais : l’IA propose, tu valides. Elle ne tranche aucune imputation douteuse en silence.
Cet article a été refait le 22 septembre 2026, trois semaines après l’entrée en application de la réforme de la facturation électronique. Ce qui suit tient compte de ce qui a réellement changé le 1er septembre, et pas de ce qui était annoncé avant.
OCR ou IA conversationnelle : deux briques à ne pas confondre
C’est l’erreur de départ, alors autant la tuer tout de suite. Tu ne colles pas une facture PDF dans ChatGPT en espérant une écriture propre. La lecture de pièce, c’est le métier d’un OCR comptable connecté à ta production : Pennylane, Dext, ou le module de ton éditeur historique. L’IA conversationnelle, elle, intervient en amont (écrire la procédure, fixer les règles d’imputation par dossier) et en aval (relire un lot déjà extrait pour traquer les anomalies). Si tu attends d’un seul outil qu’il fasse les deux, l’un des deux sera mauvais.
Le Conseil national de l’ordre des experts-comptables pose la même frontière dans sa synthèse Parlons data et IA, qui compile 18 infographies publiées dans SIC mag : parmi les précautions d’usage de l’IA générative en cabinet, ne pas charger de données personnelles, sensibles ou confidentielles, “pas de mails clients, de FEC, de DSN non anonymisés dans des sites non maîtrisés”, et vérifier toujours les réponses fournies car l’IA “peut se tromper ou inventer”. Un FEC collé dans un chatbot grand public, ce n’est pas une maladresse technique, c’est un problème de secret professionnel.
Ce qui a réellement changé le 1er septembre 2026
La réforme n’arrive plus, elle est là. Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises concernées doivent avoir la capacité de recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises comme les entreprises de taille intermédiaire doivent les émettre ; les PME, TPE et micro-entreprises émettent à leur tour au 1er septembre 2027, comme le rappelle la page de calendrier de l’administration fiscale. L’article 289 bis du CGI pose le principe : l’émission, la transmission et la réception des factures électroniques s’effectuent en recourant à une plateforme agréée. Cet article reste applicable au-delà du 1er janvier 2027 : l’ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 l’abroge, mais son article 15 le maintient en vigueur jusqu’à l’entrée en vigueur des textes réglementaires qui le reprendront sur le fondement de l’article L. 216-36 du code des impositions sur les biens et services.
Le report était juridiquement possible et n’a pas eu lieu. La loi prévoyait qu’un décret puisse repousser l’échéance de trois mois au plus, soit au 1er décembre 2026. Aucun décret de report n’est intervenu : ce sont au contraire le décret n° 2026-677 du 27 juillet 2026, publié au Journal officiel du 28 juillet et entré en vigueur le lendemain, et l’arrêté du même jour qui ont bouclé le cadre réglementaire un mois avant l’échéance.
Deux changements structurels de ce décret méritent que tu les connaisses, parce qu’ils invalident une partie des supports de formation écrits en 2024 et 2025. D’abord, le portail public de facturation (PPF) disparaît des textes : l’État a renoncé à le développer, et toute référence au PPF a été retirée de la partie réglementaire. Ensuite, les anciennes “plateformes de dématérialisation partenaires” (PDP) deviennent des “plateformes agréées”, avec un annuaire central alimenté par ces plateformes pour router les factures vers le bon destinataire. Si un document interne de ton cabinet parle encore du PPF ou de PDP, il est périmé.
Puis-je encore traiter une facture reçue en PDF après le 1er septembre 2026 ?
Oui, et c’est le point que la DGFiP a tenu à écrire elle-même. Son guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026, publié en juillet 2026, consacre sa question 3 exactement à ce cas : une facture reçue par mail, PDF ou papier “ne doit pas être écartée au seul motif qu’elle n’a pas été transmise par le circuit électronique attendu”, dès lors qu’elle correspond à une opération réelle et comporte les éléments nécessaires à son traitement. Tu peux la comptabiliser, la payer, et le droit à déduction de la TVA reste apprécié au regard des conditions de fond et de forme habituelles.
Le guide pose trois principes explicites : maintien du calendrier légal, continuité économique, et absence de dispense. La réforme change les modalités de transmission des factures, pas les règles de fond relatives à l’existence de l’opération, à la dette commerciale, au paiement, à la comptabilisation ou au droit à déduction. C’est une distinction que beaucoup de clients n’ont pas faite, et que tu vas passer l’automne à réexpliquer.
Il y a une contrepartie, et elle est exigeante. Quand le fournisseur était tenu d’émettre électroniquement, la même facture a vocation à être transmise ou régularisée par le circuit prévu. Et l’administration attend de chaque entreprise qu’elle puisse démontrer “qu’une trajectoire active de mise en conformité est engagée et poursuivie”. Le guide précise que pendant la phase de démarrage, les sanctions ne seront pas appliquées aux entreprises rencontrant des difficultés réelles mais engagées dans une trajectoire sérieuse, tout en distinguant ces situations de celles relevant d’une inertie, d’un évitement ou d’un refus durable. Ce n’est ni un report, ni une suspension.
Le doublon, le vrai piège de la rentrée
Le risque numéro un de cet automne n’est pas la lecture de la pièce, c’est le double traitement. La même facture arrive par la plateforme agréée et par mail, et elle se retrouve comptabilisée deux fois, payée deux fois, déduite deux fois. La question 5 du guide de la DGFiP décrit précisément la conduite à tenir : comparer numéro de facture, fournisseur, client, date, montant hors taxe, montant de TVA et montant toutes taxes comprises, puis désigner une facture de référence dans le système de traitement, poursuivre le circuit de validation sur cette seule base, et marquer les autres exemplaires comme copies, doublons ou duplicatas.
Pour un cabinet, c’est une consigne d’OCR avant d’être une consigne de comptable. Ton outil de pré-comptabilité doit être réglé pour détecter les pièces identiques sur la combinaison numéro de facture plus SIREN fournisseur plus montant TTC, et non sur le seul nom de fichier. Beaucoup de paramétrages par défaut dédoublonnent sur le hash du document : deux canaux différents produisent deux fichiers différents pour une même facture, et le contrôle ne se déclenche pas.
Le guide ajoute une souplesse utile de démarrage : l’absence de mention explicite “duplicata” ou “copie de continuité” sur le document ne donnera pas lieu à sanction si l’entreprise démontre que cette mention aurait supposé un développement spécifique, que le document est clairement rattaché à la facture initiale par d’autres éléments, et que les mesures prises ont permis d’éviter les doubles paiements et les doubles déductions. Autrement dit : l’étiquette est souhaitée, la traçabilité est exigée.
Rejet de plateforme ou refus de l’acheteur : deux choses différentes
Voilà une distinction qui va occuper tes collaborateurs, et que les questions 11 et 12 du guide traitent explicitement, l’une pour le rejet, l’autre pour le refus. Le rejet par une plateforme est une difficulté de transmission ou de contrôle : erreur de format, donnée obligatoire absente ou incohérente, identification incorrecte d’une partie, difficulté de routage. Le refus par l’acheteur est autre chose : c’est un statut du cycle de vie de la facture, obligatoirement motivé, qui ne peut être utilisé que pour les motifs prévus par la norme, à savoir une non-conformité réglementaire non détectée par la plateforme de réception, une facture mal adressée, ou le non-respect de conditions contractuelles empêchant le traitement. Il ne doit pas servir à exprimer un simple litige commercial.
La conséquence pratique est un piège classique de numérotation. Quand un refus fondé conduit à réémettre, la question 12 du guide précise que la nouvelle facture doit porter un nouveau numéro, afin d’éviter toute confusion avec la facture refusée et tout rejet lié à la réutilisation du même numéro. Un client qui réémet sous le même numéro se fera rejeter par la plateforme, et t’appellera pour comprendre pourquoi.
Combien coûte un défaut de facturation électronique ?
Les montants sont fixés par l’article 1737 du CGI dans sa rédaction applicable aux factures émises à compter du 1er septembre 2026, et ils ont changé : le non-respect de l’obligation d’émettre sous forme électronique dans les conditions de l’article 289 bis donne lieu à une amende de 50 euros par facture, sans que le total des amendes d’une même année civile puisse dépasser 15 000 euros. Le chiffre de 15 euros par facture, qui circule encore dans beaucoup de supports, correspond à l’ancienne rédaction et à une autre infraction.
Ne confonds pas ces 50 euros avec le II du même article, qui reste à 15 euros par omission ou inexactitude dans une facture, le total des amendes pour une même facture ne pouvant excéder le quart du montant facturé. Deux mécanismes distincts, deux assiettes distinctes.
Pour la réception, le régime est plus progressif que ce que redoutent tes clients. Le IV bis de l’article 1737 impose à l’administration d’adresser d’abord une mise en demeure de se conformer dans un délai de trois mois. Ce n’est qu’en cas de persistance à l’expiration de ce délai que s’applique une amende de 500 euros, puis de 1 000 euros après un nouveau délai de trois mois, et de 1 000 euros à chaque trimestre suivant. Le guide de la DGFiP confirme ce séquencement à sa question 28, qui renvoie au IV bis de l’article 1737 du CGI. Un client qui n’a pas encore choisi sa plateforme n’est donc pas hors la loi du jour au lendemain, mais il a un compteur qui tourne.
Dernier étage, souvent oublié : le V de l’article 1737 écarte les amendes des II, III et IV en cas de première infraction commise au cours de l’année civile en cours et des trois années précédentes, lorsque l’infraction a été réparée spontanément ou dans les trente jours suivant une première demande de l’administration. Ce délai de trente jours est le vrai enjeu opérationnel : il suppose que quelqu’un, au cabinet, ouvre le courrier et réagisse.
Ces montants passent le 1er janvier 2027 sans changement. La version de l’article 1737 applicable à cette date, déjà publiée sur Legifrance, garde les 15 euros du II, les 50 euros et le plafond de 15 000 euros du III et le séquencement du IV bis. Seul change le renvoi du III, qui vise alors le code des impositions sur les biens et services au lieu de l’article 289 bis.
Le déroulé qui tient sans t’enliser
1. Commence sur un périmètre ridiculement petit
Un seul type de pièce (les factures fournisseurs), un seul dossier. Tu mesures, tu ajustes, puis tu étends. Vouloir tout automatiser le premier jour, c’est la recette pour tout lâcher au bout de dix.
2. Vérifie que ton client reçoit bien par une plateforme agréée
C’est l’étape que personne n’avait dans son déroulé avant cette année, et c’est devenue la première. L’administration publie la liste des plateformes agréées et la met à jour en continu : au 17 septembre 2026, elle comptait 149 opérateurs satisfaisant à l’ensemble des conditions, tests d’interopérabilité inclus, et 14 opérateurs supplémentaires ayant déposé un dossier complet et conforme, en attente de leur immatriculation définitive. Vérifie le nom commercial exact : un éditeur peut figurer sous le nom de son groupe et pas sous celui de son logiciel.
3. Vérifie que l’écriture atterrit dans ton outil de production
L’intérêt n’est pas de saisir ailleurs, mais que l’écriture pré-remplie tombe directement dans ton logiciel. Si ton collaborateur ressaisit le résultat à la main, tu n’as rien gagné, tu as juste ajouté une étape. Tout le temps récupéré se joue là.
4. Fixe un seuil de confiance, écrit noir sur blanc
Décide d’un niveau au-dessus duquel l’écriture passe seule, et en dessous duquel un humain vérifie. Sans ce seuil, tu ne supprimes pas la saisie, tu la remplaces par une re-vérification de tout, ce qui est souvent pire. Écris-le dans la procédure du dossier, avec la date, pour que le choix soit opposable en interne et révisable.
5. Branche une relecture IA sur le lot extrait
C’est ici que l’IA conversationnelle gagne sa place : pas pour lire les factures, mais pour repérer les incohérences dans un lot d’écritures déjà sorties de l’OCR. Tu lui donnes le tableau, elle te remonte ce qui sent mauvais.
Voici des écritures pré-saisies depuis des factures fournisseurs : [COLLE LE TABLEAU].
Signale UNIQUEMENT les incohérences probables :
- une TVA qui ne tombe pas sur un taux légal en France métropolitaine (20, 10, 5,5 ou 2,1)
- un HT + TVA qui ne donne pas le TTC
- un fournisseur ou un compte inhabituel pour ce dossier
- deux lignes qui pourraient être la même facture reçue deux fois
(même numéro de facture, même fournisseur, même TTC)
N'invente aucun numéro de compte. Si une ligne est cohérente, n'écris rien.
Les quatre taux cités ne sont pas une convention de place, ce sont ceux du code général des impôts : le taux normal de 20 % est fixé par l’article 278, les taux réduits de 5,5 % et 10 % par les articles 278-0 bis, 278 bis et 279, et le taux particulier de 2,1 % par les articles 281 quater et suivants. Ce contrôle de taux est le plus rentable de tous, parce qu’une TVA hors barème se voit immédiatement et qu’aucun OCR ne la détecte, lui se contentant de recopier ce qu’il lit.
Le compte que l’IA invente avec aplomb
Une IA conversationnelle peut sortir un numéro de compte ou un taux faux avec une assurance totale. D’où la discipline : tu lui demandes de signaler des incohérences sur des données que tu fournis, jamais de décider l’imputation à ta place. Et tu ne lui demandes pas de te réciter le plan comptable ou un BOFiP de mémoire, tu lui colles le texte. La frontière est simple à tenir une fois posée : l’IA vérifie ce que tu lui montres, elle n’invente pas ce qu’elle ne sait pas.
Il y a une raison supplémentaire de ne jamais laisser un modèle citer un article de mémoire, et elle est propre à la période. L’ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 recodifie l’intégralité de la TVA dans un nouveau livre II du code des impositions sur les biens et services, et l’ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 a reporté son entrée en vigueur au 1er janvier 2027 tout en renumérotant ce livre II. L’article 278 du CGI, par exemple, est abrogé à compter du 1er janvier 2027 par l’article 9 de la première ordonnance, et le taux normal de 20 % figure alors à l’article L. 213-151 du CIBS. Legifrance indique, dans l’historique de la plupart des articles abrogés, les articles du CIBS qui les reprennent. Le calendrier n’est pas uniforme pour autant : l’article 15 de l’ordonnance maintient certaines dispositions, dont l’article 289 bis, jusqu’à l’entrée en vigueur des textes réglementaires qui les reprendront. Tous les modèles entraînés avant cette date citeront des numéros d’articles qui seront faux dans trois mois, avec le même aplomb qu’aujourd’hui, et même un numéro du CIBS cité de mémoire peut dater d’avant la renumérotation de juillet 2026.
Que dois-je conserver, et pendant combien de temps ?
Six ans aujourd’hui, dix ans à compter du 1er janvier 2027, et c’est le premier réflexe à réactiver au moment où tu changes de chaîne de saisie. L’article L102 B du livre des procédures fiscales impose de conserver six ans les livres, registres, documents ou pièces justificatives sur lesquels peuvent s’exercer les droits de communication, d’enquête et de contrôle, à compter de la date de la dernière opération mentionnée ou de la date à laquelle les documents ont été établis. Le même article distingue les supports : un document établi ou reçu sur support informatique doit être conservé sous cette forme pendant le délai, tandis qu’un document papier peut être conservé sur support informatique selon les modalités fixées par arrêté.
Ce délai change au 1er janvier 2027. L’article 36 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales porte ce délai de six à dix ans, et la version de l’article L102 B applicable à cette date, déjà publiée sur Legifrance, écrit « délai de dix ans ». La même loi précise que ce délai s’applique « aux documents et aux pièces dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027 » : une pièce dont les six ans ne sont pas écoulés à cette date passe donc à dix ans. Si ton cabinet purge ses archives à six ans, c’est la règle de purge qu’il faut revoir avant janvier.
La bascule vers la facture électronique déplace donc une contrainte que beaucoup de cabinets géraient par la numérisation : ce qui arrive nativement structuré doit rester structuré. Un flux Factur-X aplati en PDF image dans la GED, ce n’est pas la même chose que le fichier reçu.
À cette conservation fiscale s’ajoute la documentation de bonne foi propre au démarrage. La question 6 du guide de la DGFiP liste ce qu’il faut garder quand une facture a été traitée dans des conditions dégradées : la facture reçue, les documents commerciaux associés, les échanges avec le fournisseur, la plateforme, l’éditeur ou l’expert-comptable, les preuves d’incident ou de rejet, et les éléments permettant d’éviter les doublons en cas de régularisation ultérieure. La question 27 précise que l’administration attend des éléments “concrets, datés et cohérents”, et qu’une simple déclaration d’intention ne suffit pas.
Enfin, le fichier des écritures comptables reste l’objet par lequel tout contrôle commence. Le BOFiP consacré à la remise du FEC rappelle que le format standard est défini aux VI à XIV de l’article A. 47 A-1 du LPF, et l’article 1729 D du CGI sanctionne le défaut de présentation par une amende de 5 000 euros, portée en cas de rectification à 10 % des droits mis à la charge du contribuable si ce montant est plus élevé. Une chaîne de saisie automatisée qui produit des écritures non conformes à cette norme ne fait pas gagner du temps, elle prépare une amende.
Les mentions qui feront rejeter les factures de tes clients
Trois mentions ont été ajoutées à l’article 242 nonies A de l’annexe II au CGI, en vigueur depuis le 1er janvier 2025, et elles deviennent bloquantes avec la réforme. Le 7° bis impose l’adresse de livraison des biens si elle est différente de l’adresse du client. Le 8° bis impose d’indiquer si les opérations sont constituées exclusivement de livraisons de biens, exclusivement de prestations de services, ou des deux catégories. Le 11° bis impose, lorsque le prestataire a opté pour le paiement de la taxe d’après les débits, la mention “Option pour le paiement de la taxe d’après les débits”.
Ces trois mentions ont un point commun : ce sont exactement celles que les modèles de facture de tes clients ne contiennent pas encore, parce qu’elles n’existaient pas dans leur logiciel avant le 1er janvier 2025. Sur une mission de tenue, la tâche la plus rentable de cet automne n’est pas d’affiner ton OCR, c’est d’auditer les modèles de facture de tes dix plus gros clients émetteurs.
S’ajoute l’identification du destinataire, qui ne relève plus de la mise en forme mais du routage. La question 10 du guide de la DGFiP explique que l’annuaire central sert à adresser la facture vers la plateforme de réception du destinataire, et que la première vérification en cas d’échec porte sur le SIREN, le SIRET, l’établissement destinataire et la dénomination. Un SIRET erroné n’est plus une coquille, c’est une facture qui n’arrive pas.
Quel format va réellement arriver dans ta chaîne ?
Quatre profils, et un hybride. L’arrêté du 27 juillet 2026 fixe les normes de facturation électronique applicables : le profil EN16931 et le profil EXTENDED-CTC-FR, chacun en format Cross Industry Invoice (CII) et en format Universal Business Language (UBL), conformément à la norme XP Z12-012. Il admet en outre un format mixte associant des données structurées XML au format CII et une représentation PDF/A-3, celui que le marché connaît sous le nom de Factur-X.
Pour ta chaîne de saisie, la conséquence est nette et plutôt bonne. Le PDF scanné lu par reconnaissance optique cède la place à un XML que ton outil lit sans se tromper sur un montant. L’effort ne disparaît pas, il se déplace : moins de correction de lecture, plus de contrôle d’imputation, de cohérence de taux et de dédoublonnage. C’est exactement le travail que l’IA conversationnelle sait relire, et que l’OCR ne sait pas faire.
Attention à une confusion de vocabulaire qui va te coûter des heures d’explication client. La DGFiP distingue deux labels dans sa présentation des marques de garantie : la “plateforme agréée”, immatriculée par l’État et seule habilitée à transmettre les factures et les données à l’administration, et la “solution compatible”, qui produit des factures ou des données conformes mais n’est pas immatriculée et doit obligatoirement être raccordée à une plateforme agréée. Le même document rappelle que la réforme concerne près de huit millions d’acteurs économiques. Un client qui te dit “mon logiciel est conforme” ne dit donc pas nécessairement “mon logiciel est une plateforme agréée”.
Ton premier chantier de test, cette semaine
Choisis un dossier qui brasse plusieurs centaines de pièces par mois, c’est là que le gain se voit. Branche l’OCR sur ses seules factures fournisseurs, fixe ton seuil, et fais tourner la relecture IA sur chaque lot pendant deux à trois semaines. Tu ne cherches pas la perfection, tu cherches à calibrer : où l’outil se trompe, quel seuil te convient, quelles pièces basculent systématiquement vers l’humain. Une fois ce dossier rodé, tu dupliques.
Ajoute deux indicateurs que la période impose. Le premier : la part de pièces reçues hors circuit électronique, dossier par dossier, parce que c’est elle qui te dira quels fournisseurs de ton client n’ont pas basculé. Le second : le nombre de doublons détectés par mois, parce qu’un chiffre qui monte signale un paramétrage de dédoublonnage trop faible, et qu’un chiffre à zéro sur un dossier à fort volume signale surtout que personne ne regarde.
Sois clair sur ce que tu n’attends pas de la machine. L’arrêté des comptes et la responsabilité restent les tiens : l’outil pré-remplit, c’est ta signature qui engage, et une écriture fausse validée reste ta faute, pas celle du logiciel. Le jugement sur les cas limites ne se délègue pas non plus : l’IA accélère le repérage, elle ne décide pas à ta place. Et le temps libéré n’a de valeur que réinvesti dans la relation client, pas dans une autre tâche administrative.
Le retour sur investissement est l’un des plus rapides du métier, mais il n’est ni instantané ni magique. Le taux de reconnaissance ne sera jamais de 100 %, le calibrage demande ses deux à trois semaines, et les pièces atypiques continueront de passer par un humain. Le vrai objectif n’est pas “zéro saisie”, c’est “le collaborateur valide au lieu de taper”. Ça se compte en heures par semaine, pas en miracle.
La saisie automatisée, ce n’est pas l’IA qui remplace le comptable. C’est le comptable qui arrête de taper et qui se met à contrôler.
Sources
- DGFiP, Facturation électronique : guide pratique de démarrage au 1er septembre 2026, juillet 2026 (29 questions : réception d’une facture PDF, doublons, rejet et refus, trajectoire de conformité)
- impots.gouv.fr, à partir de quand suis-je concerné par la réforme de la facturation (calendrier 2026 et 2027) et je découvre la facturation électronique
- impots.gouv.fr, liste des plateformes agréées (149 opérateurs immatriculés et 14 en attente au 17 septembre 2026) et présentation des labels plateforme agréée et solution compatible
- Légifrance, article 289 bis du CGI (recours obligatoire à une plateforme agréée ; abrogé par l’ordonnance n° 2025-1247, abrogation reportée par son article 15 à l’entrée en vigueur des textes réglementaires qui le reprendront, vérifié le 27 septembre 2026)
- Légifrance, article 1737 du CGI (50 euros par facture au III, mise en demeure et 500 puis 1 000 euros au IV bis, première infraction au V ; version applicable au 1er janvier 2027 aux mêmes montants, vérifié le 27 septembre 2026)
- Légifrance, article 242 nonies A de l’annexe II au CGI (mentions 7° bis, 8° bis et 11° bis)
- Légifrance, article L102 B du livre des procédures fiscales (conservation six ans ; dix ans dans la version applicable au 1er janvier 2027, issue de l’article 36 de la loi n° 2026-534 du 25 juin 2026, vérifié le 27 septembre 2026) et article 1729 D du CGI (amende de 5 000 euros pour défaut de présentation du FEC)
- Légifrance, décret n° 2026-677 du 27 juillet 2026 et arrêté du 27 juillet 2026 (fin du PPF, annuaire central, profils CII et UBL)
- Légifrance, ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 (recodification de la TVA dans le code des impositions sur les biens et services) et article 278 du CGI (taux normal de 20 %, abrogé au 1er janvier 2027), ordonnance n° 2026-671 du 27 juillet 2026 (entrée en vigueur reportée au 1er janvier 2027, renumérotation du livre II du CIBS) et articles L. 213-151 (niveaux des taux) et L. 216-36 (formats de facture électronique) du CIBS dans leur version applicable au 1er janvier 2027 · vérifié le 27 septembre 2026
- BOFiP, présentation de la comptabilité par la remise du fichier des écritures comptables (norme de l’article A. 47 A-1 du LPF)
- Conseil national de l’ordre des experts-comptables, Parlons data et IA (précautions d’usage de l’IA générative en cabinet)
Pour aller plus loin
La saisie est le point de départ. Une fois rodée, enchaîne sur les relances clients et sur le rapprochement bancaire et le lettrage. Pour choisir les briques qui alimentent cette chaîne, lis notre tri des meilleurs outils d’IA pour un cabinet comptable, et pour la vue d’ensemble, le guide complet de l’IA pour expert-comptable. Pour cadrer tout ça sur ton cabinet, demande un audit IA.
Rédigé par IA, validé par humain.
Relu par Thomas Braida, fondateur de Diginova.