Avant de continuer : cet article fait partie d’un ensemble. Pour la vue d’ensemble des usages de l’IA dans le quotidien d’un artisan du bâtiment, pars du guide complet IA pour artisan du bâtiment.

Un chantier de six mois payé à la fin, c’est six mois de matériaux, de salaires et de charges avancés par toi. La situation de travaux existe précisément pour éviter ça. C’est le document le moins glamour du bâtiment et l’un des plus décisifs : mal montée, elle se fait rejeter ou contester, et le décalage de trésorerie devient le vrai problème du chantier, bien avant la technique.

Qu’est-ce qu’une situation de travaux ?

Une situation de travaux est l’état chiffré de l’avancement de tes prestations sur une période, poste par poste, qui sert de base à une demande d’acompte. Elle répond à une seule question : quelle part du marché as-tu réellement exécutée à ce jour, et combien reste-t-il à te régler pour cette part.

Pièce d'une maison ancienne en pleine rénovation : murs de pierre en partie enduits, charpente apparente, tréteaux devant la fenêtre.
Une rénovation en cours : murs en partie enduits, charpente encore apparente. La situation de travaux chiffre la part déjà exécutée, poste par poste. Photo : Steffen Lemmerzahl, Unsplash, Licence Unsplash, couleurs retraitées.

Sa nature juridique mérite d’être connue. L’article R2191-20 du code de la commande publique prévoit que les prestations ayant donné lieu à un commencement d’exécution ouvrent droit à des acomptes, et précise que ces acomptes n’ont pas le caractère de paiements définitifs.

C’est important en pratique. Une situation n’arrête aucun compte et ne vaut pas reconnaissance de conformité. Elle finance le chantier pendant qu’il se fait. Le compte se solde plus tard, au décompte général, après la réception.

La définition à retenir Situation de travaux, état d'avancement, demande d'acompte : trois façons de nommer la même chose selon les régions et les marchés. Le mot « facture de situation » circule aussi, mais il entretient une confusion utile à personne : une situation est un acompte, pas un solde.

Ce qu’une situation contient, ligne par ligne

Une situation lisible se construit toujours de la même façon, et cette régularité est ce qui la fait payer vite.

Le rappel du marché. Montant initial hors taxes, avenants éventuels, montant du marché à ce jour. Sans ce rappel, le vérificateur doit aller chercher la pièce, et il traîne.

L’avancement poste par poste. Tu repars de ta décomposition de prix, celle qui a servi au devis ou à la DPGF, et tu affectes un pourcentage d’avancement à chaque poste. C’est la ligne où tout se joue.

Le cumul et la période. Montant cumulé depuis l’origine, moins le cumul de la situation précédente, égale le montant de la période. C’est ce dernier chiffre qui est dû.

Les déductions. Retenue de garantie, avance à rembourser, pénalités éventuelles, prorata de compte. Elles se déduisent du cumul, et l’ordre des opérations compte. Si le client a versé un acompte à la commande, il a déjà fait l’objet de sa propre facture d’acompte de travaux, émise à l’encaissement : il se déduit ensuite du compte, au fil des situations ou sur la facture de solde selon ton marché, mais jamais deux fois.

La révision ou l’actualisation de prix, si le marché la prévoit, avec l’index et la formule contractuelle.

Une situation contestée l’est presque toujours sur une seule ligne : le pourcentage d’avancement d’un poste. Tout le reste est de l’arithmétique vérifiable. C’est donc là qu’il faut mettre ta rigueur, pas dans la mise en forme.

À quel rythme peut-on présenter une situation ?

En marché public, la réponse est dans le texte, et elle est favorable aux petites structures. L’article R2191-22 du code de la commande publique fixe la périodicité du versement des acomptes à trois mois au maximum.

Le même article ajoute que ce délai « est ramené à un mois pour les marchés de travaux » lorsque le titulaire est une petite ou moyenne entreprise ou un artisan au sens de l’article R2151-13, ou encore une société coopérative de production, un groupement de producteurs agricoles, une société coopérative d’artisans, une société coopérative d’artistes ou une entreprise adaptée.

Autrement dit : si tu es artisan ou PME et que tu travailles en marché public de travaux, l’acompte mensuel est ton droit, pas une faveur à négocier.

En marché privé, aucun texte général n’impose de rythme. C’est ton contrat qui le fixe. L’usage est mensuel, et la norme NF P 03-001, publiée dans sa version en vigueur le 20 octobre 2017, organise ce mécanisme. Mais c’est une norme volontaire : elle ne s’applique que si tes pièces contractuelles la citent. À vérifier avant de signer, pas après.

Quel délai de paiement s’applique à ma situation ?

Là encore, tout dépend de qui paie. Le tableau ci-dessous récapitule les trois cas de figure que tu rencontres.

ClientDélai de paiementTexte
Pouvoir adjudicateur (État, collectivité)30 joursArticle R2192-10 du code de la commande publique
Établissement public de santé50 joursArticle R2192-11 du code de la commande publique
Entreprise publique60 joursArticle R2192-11 du code de la commande publique
Entreprise privée, délai par défaut30 jours après exécutionArticle L441-10 du Code de commerce
Entreprise privée, délai convenu60 jours max à compter de l’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois par dérogationArticle L441-10 du Code de commerce

L’article R2192-10 du code de la commande publique fixe donc le délai de paiement des pouvoirs adjudicateurs à trente jours, y compris lorsqu’ils agissent en qualité d’entité adjudicatrice.

Côté privé, l’article L441-10 du Code de commerce pose le principe des trente jours suivant l’exécution de la prestation, le plafond conventionnel de soixante jours à compter de l’émission de la facture, et la dérogation à quarante-cinq jours fin de mois.

Ces délais sont des plafonds, pas des objectifs. Dans son communiqué du 11 juillet 2025, la Banque de France indique que le retard moyen de paiement atteint 13,6 jours fin 2024, en hausse d’un jour sur un an, avec des retards moyens de 18 jours chez les entreprises de plus de 1 000 salariés. Le même communiqué chiffre à 15 milliards d’euros la trésorerie que ces retards ponctionnent aux PME et microentreprises.

La retenue de garantie, prélevée sur chaque situation

C’est la ligne que beaucoup d’artisans subissent sans la suivre, et c’est de la trésorerie dormante.

L’article 1er de la loi n° 71-584 du 16 juillet 1971 prévoit que les paiements des acomptes sur la valeur définitive des marchés de travaux privés « peuvent être amputés d’une retenue égale au plus à 5 p. 100 ». Les sommes retenues sont consignées entre les mains d’un consignataire accepté par les deux parties ou désigné par le président du tribunal.

Le texte ouvre une alternative que peu d’artisans utilisent : tu échappes à la retenue si tu fournis, pour un montant égal, une caution personnelle et solidaire émanant d’un établissement financier figurant sur une liste fixée par décret. Ta trésorerie reste chez toi, au prix du coût de la caution.

Quant à la restitution, l’article 2 de la même loi est précis : à l’expiration d’un délai d’une année à compter de la date de réception, faite avec ou sans réserve, les sommes consignées sont versées à l’entrepreneur même en l’absence de mainlevée, si le maître de l’ouvrage n’a pas notifié par lettre recommandée une opposition motivée. Le texte ajoute que « l’opposition abusive entraîne la condamnation de l’opposant à des dommages-intérêts ».

À savoir Le compteur d'un an part de la date de réception, pas de la dernière situation ni de la facture de solde. C'est une raison de plus pour que ton PV de réception soit daté sans ambiguïté. Tiens un tableau des retenues par chantier avec leur date de libération : sur cinq chantiers, cela représente vite plusieurs milliers d'euros que personne ne te rappellera de réclamer.

Ce que l’IA fait vraiment sur une situation

Le travail est du calcul répétitif et du contrôle de cohérence. C’est le terrain naturel d’un assistant, à condition de lui donner les bonnes données.

Elle reprend ta décomposition de prix. Tu lui colles ta DPGF ou ton devis détaillé, elle en fait la trame de situation, poste par poste, prête à recevoir les pourcentages.

Elle calcule les cumuls et les écarts. Montant cumulé, déduction de la situation précédente, montant de la période, application de la retenue de garantie, totaux hors taxes et toutes taxes. Elle le fait sans erreur d’addition, ce qui n’est pas rien à onze heures du soir.

Elle contrôle la cohérence. Un poste à 110 % d’avancement, un cumul supérieur au montant du marché, une retenue appliquée deux fois, un écart inexpliqué avec la situation précédente : elle repère ces incohérences avant le vérificateur.

Elle rédige le courrier d’accompagnement et les relances. Avec le bon ton, le bon rappel de délai et la bonne référence de marché. La relance est le point où beaucoup d’artisans perdent de l’argent par gêne, pas par incapacité.

À savoir Le meilleur usage n'est pas de produire la situation, c'est de la faire relire. Donne-lui la situation précédente et celle que tu viens de faire, et demande-lui de lister tous les écarts et toutes les incohérences arithmétiques. C'est un contrôle en trente secondes, qui évite le rejet et les quinze jours de délai supplémentaires qu'il entraîne.

Le prompt qui établit et contrôle ta situation

Voici la trame. Les variables sont entre crochets. Elle calcule, contrôle et rédige, sans jamais inventer une donnée manquante.

Tu es un assistant qui aide un artisan du bâtiment à etablir une situation
de travaux. Français, sans tiret cadratin, ton factuel.

DONNEES FOURNIES :
- Montant du marche HT : [MONTANT]. Avenants : [MONTANT OU AUCUN].
- Decomposition de prix, poste par poste : [COLLER LA DPGF OU LE DEVIS].
- Pourcentages d'avancement que je constate ce mois, par poste : [LISTE].
- Cumul de la situation precedente : [MONTANT].
- Retenue de garantie prevue au marche : [POURCENTAGE OU AUCUNE].
- Revision de prix : [FORMULE ET VALEURS D'INDEX, OU AUCUNE].
- Taux de TVA applicable : [TAUX].

REGLES ABSOLUES :
- N'invente aucune valeur d'index, aucun taux, aucun pourcentage d'avancement.
- Si une donnee manque, ecris [A COMPLETER] et n'estime rien a ma place.
- Ne recalcule pas une revision de prix sans les valeurs d'index que je fournis.

PRODUIS :
1. Le TABLEAU DE SITUATION : poste, montant marche, avancement %, montant cumule,
   cumul precedent, montant de la periode.
2. Le RECAPITULATIF : total cumule HT, deduction du cumul precedent,
   retenue de garantie, montant HT de la periode, TVA, total TTC.
3. Une LISTE DE CONTROLES : tout poste au-dessus de 100 %, tout cumul superieur
   au montant du marche, tout ecart inexplique avec la situation precedente.
4. Un COURRIER D'ACCOMPAGNEMENT court, avec rappel du delai de paiement applicable.

Tu obtiens une situation propre et, surtout, la liste des points qui feraient tiquer un vérificateur. Le second livrable vaut plus que le premier.

Ce que l’IA ne fait pas : elle ne constate pas l’avancement

C’est la limite centrale du sujet, et elle est simple à énoncer.

Un pourcentage d’avancement se constate sur le chantier. L’IA ne monte pas sur l’échafaudage. Elle prend ton chiffre pour argent comptant et l’intègre à un calcul impeccable. Un avancement surévalué, validé par une arithmétique parfaite, reste un avancement surévalué. Et c’est exactement le schéma qui produit les litiges de fin de chantier, quand le cumul déclaré dépasse ce qui a été réellement fait.

Trois ouvriers en casque et gilet jaune mesurent l'ouverture d'une fenêtre dans un gros œuvre en béton brut.
Contrôle des cotes d’une baie sur un gros œuvre. Un avancement se constate sur place ; l’IA ne fait que le calculer. Photo : Glenov Brankovic, Unsplash, Licence Unsplash, couleurs retraitées.

Elle invente les index de révision si tu ne les lui donnes pas. C’est le piège le plus concret de ce document. Demande à un assistant la valeur d’un index bâtiment à une date donnée : il produira un nombre crédible, au bon format, faux. Un index de révision ne se demande pas à un modèle de langage, il se relève à sa source officielle et se recopie.

Elle ne recouvre rien. Passé le délai, la suite est une mise en demeure, puis éventuellement une procédure. Aucun assistant ne fait cela à ta place.

Garde-fou Ne demande jamais à une IA une valeur d'index, un taux de TVA applicable à ton cas, ou le pourcentage d'avancement d'un poste. Ces trois données ont un point commun : elles sortiront plausibles et pourront être fausses, et elles atterrissent dans un document qui engage un paiement. Elles se relèvent à la source et se recopient.

Quand la situation n’est pas payée, ce que dit la loi

Il existe un levier que beaucoup d’artisans ignorent, et il est puissant en marché privé.

L’article 1799-1 du Code civil impose au maître de l’ouvrage qui conclut un marché de travaux privé de garantir le paiement des sommes dues, au-delà d’un seuil fixé par décret. Le décret n° 99-658 du 30 juillet 1999 fixe ce seuil à 12 000 euros hors taxes.

Concrètement : si les travaux sont financés par un prêt spécifique, l’établissement prêteur ne peut verser les fonds qu’à l’entrepreneur jusqu’à paiement complet. À défaut de crédit spécifique, le paiement doit être garanti par un cautionnement solidaire d’un établissement de crédit, d’une société de financement, d’une entreprise d’assurance ou d’un organisme de garantie collective.

Et la sanction est directe. Tant que la garantie n’est pas fournie et que l’entrepreneur reste impayé des travaux exécutés, il peut suspendre l’exécution du contrat après mise en demeure restée sans effet à l’issue d’un délai de quinze jours.

Garde-fou Deux exclusions à connaître avant de brandir ce texte. Il ne s'applique pas lorsque le maître de l'ouvrage conclut le marché pour son propre compte et pour des besoins étrangers à une activité professionnelle, autrement dit le particulier qui fait rénover chez lui. Et suspendre un chantier a ses propres conséquences contractuelles. Avant d'actionner ce levier, fais valider la situation par un conseil : ce n'est pas une question à poser à un assistant.

Pour tout ce qui relève du recouvrement amiable, de la relance graduée et du courrier de mise en demeure, l’article consacré à la médiation de la consommation et le litige client détaille la marche à suivre. Et pour la vue d’ensemble de ta trésorerie, vois le suivi de la santé financière.

Ton premier essai, et ce qui reste à toi

Prends ta dernière situation et celle d’avant. Colle les deux dans le prompt ci-dessus, en demandant uniquement la liste de contrôles. Tu vas probablement découvrir un ou deux écarts que personne n’avait relevés, ou un poste dont le cumul ne colle pas tout à fait.

Ensuite seulement, utilise la trame pour monter la situation du mois. Tu verras que la partie longue n’a jamais été le calcul : c’est la reprise de la décomposition de prix, et elle se fait une fois pour toutes.

Monter sur le chantier, regarder ce qui est réellement posé, décider qu’un poste est à 60 % et pas à 80 %, relever un index à sa source, relancer un client qui traîne : c’est ton travail et ton jugement. L’IA calcule, contrôle, met en forme et rédige le courrier. Elle ne constate aucun avancement, n’invente aucun index si tu le lui interdis, et ne recouvre pas un euro.

À lire ensuite

Pour savoir quels documents de gestion de chantier gagneraient à être calculés et contrôlés par l’IA sans t’exposer sur les chiffres qui engagent, le diagnostic IA part de ta réalité de terrain, pas d’un modèle générique.

Sources

Rédigé par IA, validé par humain. Aucun éditeur cité ne nous rémunère. Cet article ne remplace ni les textes en vigueur, ni les pièces particulières de ton marché, ni l’avis d’un conseil en cas d’impayé.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une situation de travaux ?
C'est l'état chiffré de l'avancement de tes travaux sur une période donnée, poste par poste, qui sert de base à une demande d'acompte. On y retrouve le montant du marché, le pourcentage d'avancement de chaque poste, le cumul depuis le début, ce qui a déjà été réglé, et donc le montant dû pour la période. Le code de la commande publique est clair sur sa nature : les acomptes n'ont pas le caractère de paiements définitifs. Autrement dit, une situation n'arrête aucun compte, elle finance le chantier au fur et à mesure.
Tous les combien puis-je présenter une situation de travaux ?
En marché public, l'article R2191-22 du code de la commande publique fixe la périodicité des acomptes à trois mois maximum. Ce délai est ramené à un mois pour les marchés de travaux lorsque le titulaire est une petite ou moyenne entreprise ou un artisan au sens de l'article R2151-13, une société coopérative de production, un groupement de producteurs agricoles, une société coopérative d'artisans, une société coopérative d'artistes ou une entreprise adaptée. En marché privé, le rythme est celui que fixe ton contrat, le mensuel étant l'usage courant.
Quel délai de paiement s'applique à une situation de travaux ?
Cela dépend du client. Pour un pouvoir adjudicateur, l'article R2192-10 du code de la commande publique fixe le délai à trente jours, porté à cinquante jours pour les établissements publics de santé et soixante pour les entreprises publiques. Entre professionnels du privé, l'article L441-10 du Code de commerce prévoit trente jours par défaut, un plafond de soixante jours à compter de l'émission de la facture si les parties en conviennent, ou par dérogation quarante-cinq jours fin de mois.
L'IA peut-elle établir ma situation de travaux ?
Elle peut la calculer et la mettre en forme à partir de pourcentages d'avancement que tu lui donnes. Elle reprend ta décomposition de prix, applique les pourcentages, fait le cumul, déduit les situations antérieures, applique la retenue de garantie et vérifie la cohérence arithmétique. Ce qu'elle ne peut pas faire, c'est constater l'avancement. Un pourcentage déclaré au doigt mouillé et validé par un calcul impeccable reste un pourcentage faux, et c'est exactement ce qui déclenche les litiges de paiement en fin de chantier.
Que faire si ma situation n'est pas payée ?
En marché privé et au-delà de 12 000 euros hors taxes, l'article 1799-1 du Code civil impose au maître de l'ouvrage de garantir le paiement par un cautionnement solidaire. Tant que cette garantie n'est pas fournie et que tu restes impayé des travaux exécutés, tu peux suspendre l'exécution après une mise en demeure restée sans effet à l'issue d'un délai de quinze jours. Attention : ce dispositif ne s'applique pas lorsque le maître d'ouvrage est un particulier qui fait construire pour ses besoins personnels.